mardi

Chronicques métropolitaines

Je suppose que c'est normal. L'ordre des choses.
La suffisance de ton visage dans le froid hivernal. Tout était en toc ce jour là, mes fausses larmes et les décorations de noël en plastique,
Le poulet de ma salade
L'odeur que tu as perdue
Le grouillement sans fin des gens qui se pressent, comme s'ils avaient vraiment quelqu'un à retrouver, comme si quelqu'un les attendait vraiment.

Je suppose que ça devait se finir comme ça. Mais après, après qu'on y ait cru pendant des semaines, des mois et des années.
Après qu'on se soit promis tous les canapés du monde, qu'on ait regardé les annonces immobilières, choisit les prénoms des enfants.
Rien d'exaltant, rien d'extraordinaire,

juste la tristesse du fini.

Et l'absurdité de ces départs.

Je suis desséchée de toi, éreintée de nos incompétences réciproques.
C'est un grand silence à nouveau.
J'aurai donné ce jour là pour te re-sentir encore. Ou alors éprouver une once de remord.
Mais je me suis fait surprendre par un mur d"indifférence qui me donne droit de celer, à vos vues imparfaites, les pensées honteuses qui me prennent encore à la gorge, la nuit.

Rien qu'une nuit dans Paris. Rien d'extraordinaire, non.
Le temps lavera nos errements.

jeudi

et le souffle m'est revenu d'un coup avec des palpitations étrangères, nouvelles.
on se serait cru un soir d'été à la campagne quand la vigne est encore verte,
le soleil ardent, la brise rare, le corps ruisselant.
mais c'était mieux, mille fois.
et quand tes dents ont accroché les miennes
j'en ai pleuré. tellement c'était beau.


j'ai l'impression de naître à nouveau.
c'est fascinant
et délicieux.

samedi

Sérénité retrouvée des jours d'automne et leur beauté de feuilles mortes. Des espérances refoulées que tout s'enterre, que tout s'enfuit dans les grandes bourrasques.
Me reprend l'envie d'aller voir la mer, et frissonner au matin, transie devant les horizons qui reculent à mesure que j'avance. pour la couleur particulière de l'eau sous le ciel de novembre, le silence rassurant des plages enfin désertées. Le grand retour des moments parfaits, privilégiés où la moelle de vie qui nous entrave nous étreint à nouveau les rêves qu'on croyait perdus. Plaisirs simples, baume du corps repu après les illusions de l'été indien.

vendredi

La maison s'est vidée, et repeuplée ensuite, les portes ont claqué, ma tête a volé un court instant au dessus des votres, et vous étiez beaux d'amour et de poésie, recroquevillés dans vos masques d'insensiblerie. Et je vous ai vu, tels que vous êtes sans vos grandes paroles qui cachent vos petites inclinations, vos brefs soupirs à la fin des luttes sans vainqueurs ni vaincus, vos abonimables sourires qui iradient pour cent mille watts d'émotion brute. Les portes ont claqué, le vent s'est levé et nous avons rangé les costumes de grandes personnes pour n'être plus que des chairs brûlantes, des écorchés vifs qui se parlent sans se comprendre des mêmes choses quotidiennes, tracasseries dérisoires et vitales des jours qui s'ensuivent en attendant le grand incendie.
Brillante soirée au goût amer, longue nuit du début de l'hiver où chacun a reçu une entaille incurable au creux des reins.

jeudi

M'enfuir l'ami, l'artiste. le type au bord des routes m'a à nouveau tendu la main, comme s'il savait déjà que tout allait se casser la gueule. alors tout s'est bien effrondé, très tranquillement, à grand renfort d'écume, comme si on allait tout enlever avec cette grande marée de larmes à moitié forcées, à moitié plus profondes que tout ce qui y a pré-existé.
C'est juste qu'il y a un creux maintenant, un espace brûlé jusqu'à la chair, où plus rien ne semble repousser, pas même sous ses doigts quand ils s'y aventurent, tard le soir, pas même sous les miens pourtant familiers quand j'essaye encore d'y croire.
Rend-moi cette respiration qui me manque tant quand on éteint la lumière au fond du grand lit froid. C'est juste absurde de vivre sans toi.

dimanche

Sans toi.

M'égratigner le visage dans les ronces, pour plus rien sentir que ça. Anesthésier le racorni qui crie famine entre mes poumons encrassés. Promesses que je n'ai pas su tenir, que j'ai trahies, comme j'ai vendu ce corps qui ne m'appartient qu'à moitié, pour un peu de fantaisie.
Enfin, quelque chose de vrai, de palpable, de nauséeux tellement c'en est insupportable cette pesanteur infime de la solitude retrouvée, après toutes ces années, tous ces faux semblants, ces grands départ pour mieux se retrouver. Lamentable comédie humaine que je t'ai jouée, et à laquelle j'ai voulu croire.
Ces regrets qui m'encombrent le racorni, qui l'oppresse contre les parois, débordant de cet inévitable sentimentalisme dont je n'arrive pas à me défaire.
Si il m'en restait un peu, j'aurai pitié de moi même.

Le saut dans le vide.

Ma belle, ma toute douce, mon endormie soyeuse au creux des reins nichées sous mon sein, des mains étrangères ont carressé nos peaux et balayé nos instincts.
Dans le sombre, sous la couette, m'émerveillent encore vos corps enlacés, comme si ma bénédiction matinale aurait pu avoir quelque impact. M'es tu étrangère maintenant que tu as été foulée au pied, refoulée dans ton orgueil, dans un baiser absent sur un quai de gare ?
Ardeur automnale, passion de feuilles mortes, folies d'une jeunesse qui transpire son ennui par toutes les pores.

Mille pardons et milles soupirs sur ton coeur trop loin du mien.