lundi

comptoir.

allons rire et couvrir le monde de nos bras devenus immenses à force d'oppression, reprenons ces vieux poèmes oubliés et braillons les sur tous les toits de la ville, qu'on nous entende jusqu'au congo, jusqu'à la toute dernière fin, jusqu'à ce que la vielle d'en face vienne avec nous danser et fumer et cracher sur les chats. oh oui, chantons encore sur ce qu'il nous reste de temps à vivre et de choses à connaître, sur nos amours tardives et honteuses, sur nos pensées sublimes et poussiéreuses, et nos inclinations, furtives et vénéneuses.
marchons encore dans l'obscurité tapie à chaque coin de rue, et repoussons la jusqu'à la mer, avant que le vent nous emporte sur un air de tango, venu de nulle part, et une odeur suave, du creux de tes reins.

tentative d'alchimie.

j'ai tout vu au fond de tes yeux, le gouffre de l'éternité, la mémoire d'un monde qui s'oublie, et j'ai ressenti l'abîme profonde de ce qui a été enfoui, et le nouveau souffle qu'exhalait la modernité, offerte comme une femme légère. c'était comme une rumeur, un écho à peine perceptible de ce qui survit quand les paupières se ferment, cet entre-monde peuplé d'inconnu et de rêves, un indicible précipice où se logent les désirs que l'on veut cacher ou que l'on ignore. j'ai tout vu, tout senti le temps d'un battement de cil, avant que tout m'échappe encore, alors que je n'avais jamais été aussi proche de la vérité.
doux supplice dans un éclair de clarté, avant de retomber dans les couloirs méandreux de la petite routine. tendre torture que j'appellerai toujours contre moi même, pour un idéal supérieur, mais bafoué, mais refoulé, mais chuchoté dans l'indistinct, quand les mots n'ont plus leur sens créateur premier. restaurer l'émotion principielle dans une parole maîtrisée.

dimanche

Souvenir de vacances.

Brive. Vestiges de pierre, assemblées sous une troisième république triomphante, école publique fille, école publique garçon, hôtel de ville disproportionné, rues pavées vidées en ce dimanche après midi ensoleillé. On imagine un gros chat paresseux à l'ombre des allées de marronniers alors qu'une femme d'un autre âge sort d'une bicoque aux volets bleus. Douce France, France profonde et rurale, chère Corrèze. Le temps s'est arrêté à la gare où plus aucun train ne passe. Merveilleuse expansion ferroviaire vieille d'un siècle de révolutions. Ici plus rien ne bouge, figé dans le statuaire solennel de l'aspiration au progrès infini. Mon gros chat imaginaire a cessé de ronfler depuis longtemps : comme une locomotive fatiguée, il toussote et soupire à présent, d'inhalations pleines de souvenirs en noir et blanc, d'un temps irrévocablement révolu, celui là même qui semble au passant pensif suspendu, dans la vague conscience collective pré-fabriquée des livres d'histoire de sa jeunesse.

mardi

Chronicques métropolitaines

Je suppose que c'est normal. L'ordre des choses.
La suffisance de ton visage dans le froid hivernal. Tout était en toc ce jour là, mes fausses larmes et les décorations de noël en plastique,
Le poulet de ma salade
L'odeur que tu as perdue
Le grouillement sans fin des gens qui se pressent, comme s'ils avaient vraiment quelqu'un à retrouver, comme si quelqu'un les attendait vraiment.

Je suppose que ça devait se finir comme ça. Mais après, après qu'on y ait cru pendant des semaines, des mois et des années.
Après qu'on se soit promis tous les canapés du monde, qu'on ait regardé les annonces immobilières, choisit les prénoms des enfants.
Rien d'exaltant, rien d'extraordinaire,

juste la tristesse du fini.

Et l'absurdité de ces départs.

Je suis desséchée de toi, éreintée de nos incompétences réciproques.
C'est un grand silence à nouveau.
J'aurai donné ce jour là pour te re-sentir encore. Ou alors éprouver une once de remord.
Mais je me suis fait surprendre par un mur d"indifférence qui me donne droit de celer, à vos vues imparfaites, les pensées honteuses qui me prennent encore à la gorge, la nuit.

Rien qu'une nuit dans Paris. Rien d'extraordinaire, non.
Le temps lavera nos errements.

jeudi

et le souffle m'est revenu d'un coup avec des palpitations étrangères, nouvelles.
on se serait cru un soir d'été à la campagne quand la vigne est encore verte,
le soleil ardent, la brise rare, le corps ruisselant.
mais c'était mieux, mille fois.
et quand tes dents ont accroché les miennes
j'en ai pleuré. tellement c'était beau.


j'ai l'impression de naître à nouveau.
c'est fascinant
et délicieux.

samedi

Sérénité retrouvée des jours d'automne et leur beauté de feuilles mortes. Des espérances refoulées que tout s'enterre, que tout s'enfuit dans les grandes bourrasques.
Me reprend l'envie d'aller voir la mer, et frissonner au matin, transie devant les horizons qui reculent à mesure que j'avance. pour la couleur particulière de l'eau sous le ciel de novembre, le silence rassurant des plages enfin désertées. Le grand retour des moments parfaits, privilégiés où la moelle de vie qui nous entrave nous étreint à nouveau les rêves qu'on croyait perdus. Plaisirs simples, baume du corps repu après les illusions de l'été indien.

vendredi

La maison s'est vidée, et repeuplée ensuite, les portes ont claqué, ma tête a volé un court instant au dessus des votres, et vous étiez beaux d'amour et de poésie, recroquevillés dans vos masques d'insensiblerie. Et je vous ai vu, tels que vous êtes sans vos grandes paroles qui cachent vos petites inclinations, vos brefs soupirs à la fin des luttes sans vainqueurs ni vaincus, vos abonimables sourires qui iradient pour cent mille watts d'émotion brute. Les portes ont claqué, le vent s'est levé et nous avons rangé les costumes de grandes personnes pour n'être plus que des chairs brûlantes, des écorchés vifs qui se parlent sans se comprendre des mêmes choses quotidiennes, tracasseries dérisoires et vitales des jours qui s'ensuivent en attendant le grand incendie.
Brillante soirée au goût amer, longue nuit du début de l'hiver où chacun a reçu une entaille incurable au creux des reins.